| BONNE ET MAUVAISE NOUVELLES. La bonne nouvelle, c’est l’étude de Christopher W.Kuzawa qui démontre que la paternité s’accompagne d’une baisse de la testostérone chez l’homme. Le phénomène est d’autant plus notable si le père participe activement aux soins de l’enfant. Ainsi donc, les bouleversements hormonaux ne sont plus l’apanage des femmes ! La mauvaise nouvelle, ce sont les commentaires des médias sur cette étude, qui nous renvoient à des images éculées. A l’unanimité, ils ont jugé bon de rassurer les hommes sur leur virilité ! Comme si les fameux « nouveaux pères » doutaient de leurs performances sexuelles une fois bébé né... A croire que les pensées réactionnaires à la Eric Zemour semées depuis quelques années ont fini par germer : « Attention messieurs, s’occuper des enfants peut nuire à la virilité. Vous allez devenir des femmelettes ». Nous y revoilà donc : prendre soin de sa progéniture ne serait ni viril ni masculin et il faut s’empresser de rassurer les pères ébranlés par l’étude ! Concernant les femmes, s’inquiète-t-on du fait que les bouleversements hormonaux diminuent leurs capacités sexuelles ? En fait, seule la pression sociale, voire médicale, pour que les femmes préservent leur couple après l’accouchement perdure : l’absence de rapports sexuels au-delà de deux à trois mois serait le signe d’une pathologie. Et les chamboulements hormonaux sont décortiqués sous le signe de la normalité, censés préparer la mère à la maternité. Une fois de plus, c’est aussi l’affirmation de l’instinct maternel qui est reprise entre les lignes des commentateurs. Dans un raccourci saisissant « hormones = instinct », l’étude de Kuzawa prouverait à leur yeux l’existence d’un instinct paternel... Et donc d’un instinct maternel. CQFD. Or l’étude dit simplement que le taux d’hormones s’adapte au comportement du père, pas qu’il le prédétermine. Il y a urgence à faire lire et commenter l’anthropologue Sarah Blaffer Hrdy* pour qui « les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement ». L’étude de Kuzawa était l’occasion de penser l’égalité et la complémentarité entre hommes et femmes. C’est raté !
*Sarah Blaffer Hrdy, Les instincts maternels, Payot, 2002.
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